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- La Faculté des Signes -
Les personnes illettrées « sont des hommes et des femmes pour lesquels le recours à l'écrit n'est ni immédiat, ni spontané, ni facile et qui évitent et/ou appréhendent ce moyen d'expression et de communication ». GPLI - Ministère du Travail, De l'illettrisme, état des lieux de la recherche universitaire concernant l'accès et le rapport à l'écrit, Paris, Centre Inffo, 1995.
Tous les rapports officiels notent le très fort taux d'illettrisme chez les sourds de naissance (ce rapport parle de 80 %). Cet illettrisme n'est pas récent : de nombreuses études arrivent aux mêmes conclusions. Conrad écrit par exemple : « Les enfants sourds quittent l'école avec ce qui apparaît être une compréhension en lecture effroyablement pauvre. » Claude Bresson, ACFOS I, 1998, p. 81-93
Dans leur vie quotidienne, une grande partie des personnes sourdes utilisent une autre langue que le français : la Langue des Signes. Les personnes sourdes forment ainsi une communauté, ayant fréquenté les mêmes écoles spécialisées, se retrouvant au sein d'associations de personnes sourdes, trouvant souvent leur conjoint dans cette même communauté... Certaines associations de parents d'enfants sourds s'en émeuvent, parlant de 'ghettoïsation', et prônent une plus grande intégration des personnes sourdes dans la société entendante. Les personnes sourdes, quant à elles, revendiquent le droit d'utiliser leur langue, celle avec laquelle elles ont le plus d'affinités, celle dans laquelle elles se sentent le plus à l'aise - car il s'agit d'une langue visuelle, ne comprenant pas les ambiguïtés que peut avoir une langue orale pour une personne sourde. Linguistiquement, il s'agit donc d'une communauté incluse dans la communauté nationale.
La communication ne pose pas de problèmes particuliers au sein de la communauté sourde - quoique les caractéristiques de la langue des signes établissent une situation originale, comme la possibilité, pour les sourds du monde entier, de se rencontrer et d'échanger. Par contre, l'illettrisme massif des personnes sourdes peut entraîner des difficultés quant à leur insertion dans la communauté nationale : tous les échanges professionnels ou administratifs par exemple, la socialisation elle-même, nécessitent une certaine maîtrise de l'écrit. Cet illettrisme est d'autant plus handicapant que, les sourds n'ayant pas ou peu de communication orale, il ne leur reste que peu de possibilités d'accéder à l'information commune, de participer pleinement à la vie sociale.
L'illettrisme est l'objet de nombreuses recherches et de préoccupations gouvernementales. Cependant, la plupart des méthodes ou outils mis au point pour lutter contre l'illettrisme sont inadaptés pour un public sourd. Par exemple, de nombreux exercices sont basés sur l'audition - comme les différentes manières de mettre par écrit un phonème, ce qui a peu de sens pour une personne qui n'entend pas.
Dès les années 20, différentes études américaines tentent de comparer les performances des sourds à celles des entendants. Les premières études montrent que les sourds utilisent un lexique limité, une grammaire simplifiée et tronquée et commettent de nombreuses erreurs de syntaxe.
« Les recherches menées au Québec ont donné une bonne description des problèmes des sourds à l'écrit. Elles ont également permis de montrer que les méthodes d'enseignement actuelles doivent être modifiées en prenant en compte que la majorité des personnes ayant une surdité sévère ou profonde ne peuvent avoir le français comme langue première. » Dubuisson, Machabée et Parisot
D'autre part, ces difficultés rencontrées par les sourds à l'écrit et la fréquence de fautes similaires laissent penser, que la faute ne résulte pas seulement de l'ignorance mais qu'elle possède une motivation linguistique.Cet illettrisme des personnes sourdes a plusieurs types de causes. La première est évidemment que la surdité prive ces personnes du bain de langage qui permet de s'approprier une langue orale 'naturellement'. Cependant, cette raison n'est pas la seule : il est par exemple possible d'apprendre des langues mortes - donc sans bain de langage oral. Aussi les méthodes d'apprentissage pratiquées jusqu'à présent auprès des personnes sourdes sont-elles peut-être à questionner...
Source : http://www.cis.gouv.fr/spip.php?article339